Mektoub, My Love: Canto Uno
Abdellatif Kechiche, Frankreich, 2017o
Ein junger Drehbuchautor kehrt in seine Heimatstadt am Mittelmeer zurück, wo er in ein Liebesdreieck zwischen einer einheimischen Frau und der Frau eines Filmproduzenten gerät, der ihm angeboten hat, seinen nächsten Film zu finanzieren.
«J’ai tout mon temps», lâche Amin, jeune homme de retour chez les siens à Sète, moins personnage principal que point de fuite du plus beau film de Kechiche, autour duquel gravitent désir et jalousie, confidences et mensonges, moments d’épiphanie et scènes profanes. C’est sur ces mots que s’achève le premier chant de Mektoub, My Love, manière de défi adressé au public après trois heures de projection. Mais le film pourrait durer une éternité qu’on ne s’en lasserait pas. Avec Kechiche, le cinéma n’a jamais semblé aussi proche de la vie. Au départ, il y a le désir d’être là au bon moment, d’arracher avec la caméra quelque moment de vérité. Profession de foi illustrée avec une rare clarté au cours de la longue séquence au terme de laquelle Amin, tapi dans le foin, réalise son grand rêve de photographe en herbe: immortaliser la naissance d’un agneau. Le plan suivant nous conduit au cœur d'une de nuit, magma humain brassant des corps ivres d’alcool et de désir. Filmer la grâce d’une venue au monde et des culs qui se trémoussent: tout le cinéma de Kechiche tient dans cet impossible écart. Et le réalisateur a beau jeu de ne jamais résoudre la contradiction, amplifiée par un autre paradoxe: si le film est obsédé par la quête d’instants qui plus jamais ne se reproduiront, son éternel présent est néanmoins filmé au passé, l’intrigue se déroulant au cours de l’été 1994. Ils s’appellent Tony, Ophélie, Céline, Charlotte, Camélia et leur jeunesse est éternelle. Leurs corps et âmes appartiennent au temps des vacances, avec son lot de passions passagères et de boissons légères. Un fils de Tunisien·nes couche avec une Française. Kechiche donne à ses personnages d’enfants d’émigré·es les pouvoirs que le cinéma français ne leur avait jamais accordés: ceux de désirer, d’aimer et surtout de regarder. Si Tony excelle dans l’art de la drague, Amin, convoité par toutes les filles qu’il croise, demeure en retrait. Comme Kechiche, il observe le monde. Il a tout son temps.
Emilien Gür
